Je m'appelle Patricia, mais beaucoup me connaissent surtout sous mon pseudo : Abysse. J'ai 66 ans, je vis à Antony, en région parisienne, et je suis retraitée depuis 2019. Pendant 42 ans, j'ai travaillé comme secrétaire dans la même entreprise. Un métier exercé avec sérieux, sans me douter qu'un jour ces compétences deviendraient essentielles pour une cause qui allait bouleverser ma vie.
Je suis maman de Laurent et Morgane. Morgane est aujourd'hui très investie dans Remember Me et m'aide énormément, notamment sur le secrétariat. Sans elle, je ne pourrais pas assumer une telle charge de travail. Les journées sont intenses, parfois épuisantes, mais on avance ensemble, portées par la même volonté : aider ceux qui n'ont rien.
Mon engagement pour les animaux ne s'est pas fait en un jour. Au départ, je suivais l'association Mukitza sur internet et je faisais des covoiturages. Puis l'envie de faire plus est devenue un besoin. En découvrant Remember Me et la situation dramatique des chiens en Roumanie, je n'ai plus réussi à détourner le regard. Ils étaient trop nombreux, trop oubliés, trop maltraités. Je voulais aider, même modestement.
J'ai rejoint Remember Me en 2015, dès les tout débuts. Faire partie de cette aventure depuis sa naissance est une immense fierté. Devenir secrétaire de l'association a été un honneur, mais surtout une responsabilité que j'ai prise très à cœur.
Très vite, le rôle a pris une place énorme : appels aux adoptants, échanges sur leurs projets, prévisites, suivi des dossiers… puis les mails, les contrats d'adoption, les inscriptions ICAD, les mises à jour du forum, les publications, la coordination des rapatriements, les informations aux familles. Pour rire, ma fille Morgane me dit souvent : « Maman, tu y es depuis ce matin… il est 22h, il faudrait arrêter un peu. » C'est vrai : mes journées commencent vers 6h30 et se terminent souvent bien après minuit. Remember Me est devenu une part entière de ma vie, presque viscérale.
Tous les quinze jours, avec Morgane, je participe aux rapatriements à Villeneuve-sur-Auvers. Voir les chiens descendre du camion, certains figés par la peur, d'autres recroquevillés, c'est toujours un choc. Puis viennent les adoptants : les mains tremblantes, les larmes, les silences remplis d'émotion. À cet instant, tout le poids des heures passées à organiser s'efface. Ces moments-là donnent un sens profond à la fatigue et aux nuits trop courtes.
Un souvenir reste gravé à jamais dans mon cœur : Justice, le premier rapatriement de Remember Me. Une chienne croisée griffon, handicapée, brisée, avec une patte amputée… et un regard qui disait tout : la peur, la douleur, l'abandon, et pourtant une lueur fragile, comme une question silencieuse. Grâce à Héléna, qui a accepté de l'adopter, Justice a enfin connu la sécurité, la douceur, la constance d'un foyer. Justice n'est plus là aujourd'hui, mais elle incarne toutes ces vies cabossées que nous essayons de réparer, une par une. Elle restera à jamais un rappel de pourquoi nous ne pouvons jamais baisser les bras.
Ce qui est le plus difficile à supporter, c'est le nombre. Le nombre de chiens qui arrivent encore. Mais surtout ceux qui restent. Ceux qui passent des années derrière des barreaux, qui regardent partir les autres, un par un. Ceux qui s'éteignent au refuge, sans avoir jamais connu la chaleur d'un foyer. Ces chiens-là laissent des blessures silencieuses, que l'on porte longtemps.
À celles et ceux qui hésitent à devenir bénévoles, parrains, marraines, adoptants ou soutiens, j'ai envie de dire : n'ayez pas peur. Chaque aide compte. Sans vous, nous ne sommes rien. Sans nous, ils n'ont personne. Tant qu'il restera un chien oublié derrière des barreaux, notre combat ne s'arrêtera pas.
Mon engagement pour Remember Me, ce n'est pas "du bénévolat". C'est une partie de ma vie.
