Je m'appelle Émilie, je viens d'Auvergne et je travaille aujourd'hui au refuge de Remember Me. Les chiens ont toujours eu une place particulière dans ma vie. Mon premier stage en refuge remonte à 2008. À l'époque, j'ai pourtant choisi une autre voie et obtenu un diplôme de cavalier d'entraînement. Mais très vite, j'ai compris que je n'étais vraiment à ma place qu'auprès des chiens.
Et surtout dans des refuges, pour apporter un peu de réconfort à ceux qui n'ont pas de famille. Au fil des années, cette envie m'a menée un peu partout.
J'ai passé du temps au Canada avec des chiens de traîneau, en Grèce, pendant la crise financière, dans un refuge canin, puis en Roumanie, chez Remember Me, où je suis venue pour la première fois en 2017. Mon premier séjour ici a duré deux mois et demi : je dormais au refuge et je vivais littéralement avec les chiens, jour et nuit. Je pensais que ce serait une expérience unique. En réalité, ça a tout changé. Après ça, je n'ai plus réussi à "revenir à une vie normale". Les chiens roumains ont tellement besoin d'aide qu'il est très difficile de les quitter.J'ai continué à revenir, encore et encore, avant de m'installer ici à temps plein.
Au départ, c'était prévu pour un an ou deux… et je suis toujours là.
Aujourd'hui, j'ai trois chiens à mes côtés : Blondie, 15 ans, adoptée en France ; Oural, qui va bientôt avoir 11 ans ; et Kemba, 2 ans et demi, tous les deux adoptés ici chez Remember Me et qui vivent avec moi en Roumanie. C'est avec Oural que j'ai passé mon diplôme d'éducatrice canin en 2020. Ils font partie de mon quotidien, de mon équilibre, et ils me rappellent chaque jour pourquoi je suis ici et pourquoi je continue malgré la fatigue et les difficultés.
Dans le milieu de la protection animale, la Roumanie est surtout connue pour la maltraitance subie par ses animaux. C'est ce que je voyais de loin et c'est ce qui m'a poussée à venir la première fois. La réalité du terrain est parfois pire que ce qu'on imagine : des chiens qui ont tout connu, la faim, le froid, la peur, et qui malgré tout continuent à chercher une main, un regard, un peu d'attention.
Mon travail ici ne suit pas un planning bien carré. Les journées s'enchaînent sans vraiment se ressembler. Il y a les imprévus, les urgences, les allers-retours entre nos deux refuges et la clinique vétérinaire, la préparation des rapatriements toutes les deux semaines. Il faut essayer de partager son temps entre tous les animaux, ne pas oublier les plus discrets. J'essaie de passer chaque jour auprès des chiots pour qu'ils progressent, qu'ils ne deviennent pas, ou ne restent pas, trop craintifs. Il y a aussi les photos, les vidéos pour les présenter, les traitements à donner, les soins à suivre… et tout ce qui ne se voit pas, mais qui est indispensable pour eux.
Ce ne sont pas forcément de grands moments isolés qui me marquent le plus. Ce qui compte pour moi, c'est une accumulation de petites choses. Ma petite récompense personnelle, c'est de voir nos chiens adoptés dormir dans un lit confortable. Même si je ne le montre pas, je regarde de loin ce qu'ils deviennent. Les voir enfin en sécurité, entourés, c'est ce qui me fait tenir et qui donne du sens à tout le reste.
À l'inverse, ce qui reste le plus difficile, c'est la mort des chiens au refuge. C'est quelque chose à laquelle on ne peut jamais s'habituer. On sait que certains arrivent déjà très fatigués, très abîmés, mais ça ne rend pas les choses plus simples. Chaque perte rappelle pourquoi on se bat, mais laisse une trace.
Avec tout ce que l'on voit chaque jour, je sais que l'association n'est pas parfaite, mais je sais aussi à quel point chacun fait de son mieux pour les chiens. On apprend en permanence, on essaie de s'améliorer, et je pense qu'on a déjà réussi à faire beaucoup, uniquement par passion pour eux, parce qu'ils le méritent. On fait forcément des erreurs, mais le fait que l'équipe soit toujours là, présente et active malgré les difficultés quotidiennes, montre bien que notre première motivation, c'est le bonheur de ces chiens qui sont nés au mauvais endroit.
Les bénévoles qui travaillent dans l'ombre, de la présidente de l'association à la personne qui passe des appels pour nous aider à trouver de bons adoptants, sont indispensables et ont toute ma reconnaissance. L'association, et les chiens que nous sauvons, ne seraient rien sans eux, ni sans toutes les personnes qui nous suivent et nous aident au fil du temps.
