Je m'appelle Lucian, j'ai 41 ans. Je vis à Topile, dans la région de Moldavie, en Roumanie, et je suis vétérinaire depuis 2011. J'ai étudié six ans à l'université de Iași, et c'est en voyant, chaque jour, des animaux livrés à eux-mêmes dans la rue que j'ai ressenti ce besoin très simple, mais très fort : les sauver, leur offrir de meilleures conditions, et essayer, à mon niveau, de faire évoluer les mentalités en Roumanie. Ce que j'aime le plus dans mon métier, ce sont mes interactions avec les animaux. Ce lien direct, immédiat, sans détour.
Ce qui est le plus difficile, émotionnellement, c'est quand il faut prendre une décision pour un animal qui n'a plus aucune chance d'avoir une vie décente et sans douleur. On ne s'y habitue pas. On apprend juste à porter ça, et à continuer.
J'ai grandi avec un berger allemand, Bax. Il était incroyable, doux, amical. La fin de sa vie n'a pas été simple, il est parti à 16 ans, et je ne l'oublierai jamais. Avec le temps, les animaux m'ont appris la patience et la résilience. Ils ne se plaignent jamais, même quand la douleur est insupportable. Ils se battent pour chaque chance. C'est une leçon permanente.
En Roumanie, la situation des chiens est particulière, parce que peu importe à quel point on travaille et combien de vies on sauve, on a parfois l'impression de ne pas voir de résultats. Les chiens continuent d'arriver, souvent dans des états terribles, presque tous les jours. On ne peut pas repousser au lendemain. Il faut agir vite, être présent, décider, prendre en charge. C'est une pression constante. Mais la récompense, c'est de les voir ensuite dans une famille, heureux, en sécurité, dans une vie qu'ils n'auraient jamais trouvée sans nous.
J'ai rencontré Vanessa en 2014, lors d'une visite à l'ancienne fourrière publique de Pascani. Elle faisait partie d'une autre association à l'époque. Chez elle, j'ai vu très vite un potentiel rare : l'énergie, la passion, et surtout la capacité de structurer. Je me suis dit que, avec de l'organisation et un refuge légal, on pouvait sauver plus de vies et améliorer réellement les conditions. C'est ce qui m'a donné envie de m'associer à elle pour faire exister ce projet, et pour rendre ces changements possibles.
Depuis, j'ai aussi beaucoup évolué avec ma clinique. Elle me permet d'aider davantage, de diagnostiquer plus précisément les chiens de l'association, et d'aller plus loin dans les soins.
Aujourd'hui, j'ai plusieurs vétérinaires employés à la clinique. Une grande partie de mon rôle est de les encadrer, tout en gérant les besoins du refuge, les équipes, et la relation avec les autorités. Sur le terrain, les urgences les plus fréquentes sont les chiens renversés par des voitures, les fractures, et les chiots malades.
Quand tout arrive en même temps, je respire, je priorise l'urgence absolue, et je m'appuie sur mon équipe. Mes employés m'aident énormément. Ils savent quoi faire, ils prennent des tâches, ils rassurent, et cela change tout.
Concernant les rapatriements, le travail a beaucoup évolué ces dernières années. Aujourd'hui, nous préparons tous les documents nécessaires pour voyager, les passeports, les certificats, et nous contrôlons chaque chien pour nous assurer qu'il est apte à faire ce long trajet. Mon objectif est simple : m'assurer que tout est en ordre et que tout le monde est en sécurité avant le départ. Je pense que ce que les gens sous-estiment le plus, c'est l'ampleur de la partie administrative et sanitaire pour qu'un chien traverse plusieurs pays.
Il y a des souvenirs qui restent. Je n'oublierai jamais un chiot que nous avions appelé Remember. Il avait trois mois, et malgré nos efforts, nous n'avons pas pu le sauver. Il représente, pour moi, tous les chiots que nous avons aidés depuis, et tous ceux que nous continuerons d'aider. Je pense aussi à trois chiens, Mila, Licka et Phoenix, qui avaient été volontairement recouverts de goudron. Nous n'avions pas beaucoup d'espoir, et pourtant ils ont survécu. Aujourd'hui, ils sont heureux en France, et ce sentiment-là est impossible à décrire.
Depuis qu'Émilie travaille chaque jour à nos côtés, la gestion du refuge est aussi plus fluide. Elle m'amène les chiens malades ou blessés, je n'ai plus besoin d'aller les contrôler moi-même quotidiennement, et cela nous permet d'être plus réactifs, plus efficaces, plus présents là où c'est nécessaire.
Si je devais laisser un message à celles et ceux qui hésitent à aider Remember Me, je dirais ceci : nous sommes partis de rien, et aujourd'hui nous plaçons plus de 500 chiens par an. Plus nous sommes nombreux, plus nous pouvons aider. Nous avons besoin de toutes les personnes motivées, avec de bonnes intentions, pour continuer à protéger ces animaux que nous aimons tant. Merci à tous ceux qui nous soutiennent. Sans vous, rien de tout cela ne serait possible.
